FSD de Tesla : la France amorce un revirement avant le vote européen du 6 octobre
Six semaines après avoir jugé le système insuffisamment sûr, Paris lance des essais avec deux véhicules fournis par Tesla, à un mois d'un vote décisif à Bruxelles.
Photo : Jp Valery / Unsplash
Le 2 septembre au soir, le ministre des Transports Philippe Tabarot a annoncé sur X avoir eu un « échange constructif » avec Elon Musk autour du Full Self-Driving de Tesla, photo de la visioconférence à l'appui. Six semaines plus tôt, le même ministre fermait pourtant la porte au système, jugé pas assez sûr pour circuler sur les routes françaises. Le ton a changé ce mercredi soir. Le fond du dossier, lui, reste largement inchangé.
Un refus de juillet fondé sur deux reproches précis
Le 22 juillet, dans une vidéo publiée sur la plateforme gouvernementale Agora, Tabarot avait détaillé pourquoi la France disait non. Premier reproche : le FSD pouvait, selon lui, faire rouler un véhicule jusqu'à 50 % au-dessus de la limitation de vitesse pour suivre le flux de circulation. Second reproche : la surveillance de l'attention du conducteur restait insuffisante aux intersections, dans les ronds-points et lors des changements de voie. Sa conclusion ne laissait guère de place au doute : les garanties de sécurité n'étaient « pas encore suffisantes pour une autorisation en l'état ».
Deux voitures d'essai, aucune promesse ferme
Ce qui a changé n'est pas le contenu technique du dossier, mais le calendrier. Tesla a déposé le 1er septembre à Bruxelles un ensemble de huit études censées répondre aux deux objections françaises, sur la vitesse et sur l'attention au volant. Le lendemain, la visioconférence avec Musk débouchait sur l'annonce de deux véhicules équipés du FSD, mis à disposition par Tesla pour des essais sur route en France.
nous entrons désormais dans une nouvelle étape : celle des essais sur route
La citation est signée Philippe Tabarot, sur X. Rien dans son message ne précise qui conduira ces véhicules, ni combien de temps dureront les essais. Surtout, le ministre parle de « soutenir » une homologation décidée à l'échelle européenne, pas d'accorder une autorisation nationale : à ce stade, aucune Tesla ne peut légalement activer le FSD sur une route française.
Des chiffres produits par Tesla, et par Tesla seul
Le dossier déposé par le constructeur revendique 1,6 million de kilomètres parcourus par ses véhicules de test sans collision responsable, un taux de réussite de 98 % sur plus de 230 000 scénarios, et un système présenté comme 4,1 fois plus sûr que la conduite manuelle dans les cinq pays où il est déjà activable. Des chiffres impressionnants, mais qui restent auto-déclarés : ils proviennent uniquement des véhicules de test de Tesla, sans audit par un organisme indépendant, ce que le constructeur admet lui-même en note de bas de page de son propre dossier. Une annonce d'homologation n'est pas un déploiement, et un chiffre produit par la partie qui a intérêt à convaincre n'est pas une mesure vérifiée.
Le 6 octobre, la vraie échéance
La date qui compte n'est ni celle du tweet ni celle des essais : c'est celle de la prochaine réunion du Comité technique pour les véhicules à moteur (TCMV), le 6 octobre, où se joue l'homologation européenne du FSD. Il faut une majorité qualifiée de 15 États sur 27, représentant 65 % de la population de l'Union. La France pèse à elle seule environ 15 % de cette population : son vote compte, et Tesla le sait.
Cinq pays ont déjà ouvert la voie à l'échelle nationale — les Pays-Bas en avril, une première en Europe, suivis de l'Estonie, la Belgique, la Lituanie et le Danemark — quand la Suède a, elle, déjà recommandé un vote négatif par écrit. Si le TCMV valide l'homologation et que Paris suit, le FSD pourrait devenir activable dans les semaines suivantes pour une partie des quelque 260 000 Tesla françaises techniquement équipées, sans garantie de calendrier immédiat. Si le vote échoue, la France pourrait toujours reconnaître unilatéralement l'homologation néerlandaise, comme l'ont fait les cinq pays déjà ouverts — un droit qu'elle détient depuis avril et qu'elle n'a, à ce jour, pas exercé.
Un rapport de force qui dépasse le dossier technique
Qu'un ministre choisisse d'annoncer une avancée réglementaire par un message adressé nommément à Elon Musk, sur le réseau social que ce dernier possède, dit quelque chose du poids qu'occupe aujourd'hui le patron de Tesla face aux régulateurs européens. La France ne voulait sans doute pas rester le seul grand pays de l'Union à bloquer un système déjà utilisé par ses voisins sur plus de 100 millions de kilomètres cumulés, tout en ayant publiquement affirmé que ce même système ne respectait pas les limitations de vitesse. Deux voitures d'essai et une visioconférence permettent à Paris de se réserver les deux options d'ici le 6 octobre.
Source
Frandroid : « La France ouvre la porte au FSD de Tesla malgré son refus de juillet »
Frandroid : « FSD en France : après un échange constructif avec Elon Musk »
01net : « Après avoir dit non à Elon Musk, la France ouvre la porte au FSD de Tesla »
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