Voitures électriques BYD : le partenariat avec EDF pour une prime CEE provoque une polémique politique
Un ministre et plusieurs parlementaires français critiquent le partenariat entre l'électricien public EDF et le constructeur chinois BYD, qui permet à ses voitures électriques de bénéficier d'une prime CEE.
Photo : Precious Madubuike / Unsplash
Le constructeur automobile chinois BYD a annoncé début septembre 2026 bénéficier d'une prime CEE distribuée par EDF, l'électricien public français, sur l'ensemble de sa gamme de voitures électriques, une nouvelle qui a déclenché des réactions critiques de plusieurs parlementaires français, selon les informations rapportées par Frandroid.
Qu'est-ce que la prime CEE, et comment BYD peut-elle en bénéficier ?
La prime CEE (Certificats d'Économies d'Énergie) repose sur une obligation légale imposée par l'État aux fournisseurs d'énergie : financer des actions permettant de réaliser des économies d'énergie, que ce soit l'achat d'un véhicule électrique, l'isolation d'un logement ou le remplacement d'une pompe à chaleur.
Le mécanisme mérite d'être détaillé, car il est au cœur de la polémique. L'État fixe à chaque fournisseur d'énergie un volume d'économies d'énergie à faire réaliser, exprimé en certificats. Le fournisseur qui n'atteint pas son quota s'expose à une pénalité financière. Pour l'atteindre, il finance des primes versées aux particuliers et aux entreprises, et récupère en échange les certificats correspondants. Ce financement n'est pas prélevé sur l'impôt : il est répercuté dans le prix de l'énergie vendue, donc, en dernier ressort, sur la facture des clients. C'est ce point précis que visent les critiques : il ne s'agit pas de subvention budgétaire au sens strict, mais d'un transfert financé par les consommateurs d'électricité français.
Ce dispositif peut représenter de quelques centaines d'euros jusqu'à plus de 8 000 euros pour la version la plus généreuse, réservée aux véhicules répondant à un « éco-score ». Cet éco-score intègre notamment l'empreinte carbone de la production et de l'acheminement du véhicule, ce qui exclut de fait les voitures fabriquées en Chine et transportées par voie maritime.
Les véhicules BYD, fabriqués en Chine, ne sont donc pas éligibles à cette version la plus généreuse. Ils peuvent en revanche prétendre à la version la plus modeste de la prime CEE, que BYD propose désormais grâce à un partenariat avec EDF : 365 euros pour les particuliers et 555 euros pour les professionnels.
Pourquoi ce partenariat fait-il polémique ?
EDF est une entreprise détenue à 100 % par l'État français depuis sa renationalisation complète. Or ce même État a modifié les règles d'attribution du bonus écologique le plus généreux pour exclure les véhicules importés de Chine, et s'est publiquement prononcé en faveur d'une surtaxe à l'importation visant les voitures électriques produites en Chine.
Le partenariat entre EDF et BYD, même limité à la prime la moins élevée, est ainsi perçu par plusieurs responsables politiques comme une contradiction entre le discours officiel et la pratique d'une entreprise publique. L'argument tient moins au montant qu'à la cohérence : une même puissance publique construit d'un côté des barrières à l'entrée pour les véhicules chinois, et finance de l'autre, via son électricien national, une aide à leur achat.
Selon les informations des Échos relayées par Frandroid, le ministre délégué à l'Industrie, Sébastien Martin, a demandé à EDF de mettre fin à ce partenariat avec BYD d'ici la fin de l'année 2026, déclarant :
L'argent public des Européens doit d'abord soutenir notre base industrielle et nos emplois.
Le député Sacha Houlié (Place publique) a également réagi publiquement sur le réseau social X, dénonçant le fait qu'une société détenue à 100 % par l'État favorise un constructeur étranger face aux industriels français. La sénatrice Les Républicains Marie-Claire Carrère-Gée a de son côté qualifié la situation de « scandaleuse et irresponsable », estimant que les consommateurs français d'électricité financent indirectement des voitures électriques chinoises via leur facture.
Ce que le dispositif permet et ne permet pas
Deux limites juridiques méritent d'être posées, car elles conditionnent la suite. D'une part, le dispositif des CEE n'établit pas de critère de nationalité du constructeur : il récompense une action produisant une économie d'énergie, en l'occurrence le remplacement d'un véhicule thermique par un véhicule électrique. Une voiture électrique importée produit, à l'usage, la même économie d'énergie qu'une voiture assemblée en France. C'est le barème de l'éco-score, distinct, qui introduit un critère d'empreinte industrielle, et il ne s'applique qu'à la prime la plus élevée.
D'autre part, EDF, bien que détenue par l'État, reste une société commerciale soumise à ses propres obligations en matière de CEE. Un actionnaire public peut orienter la stratégie de son entreprise, mais lui demander de refuser un partenariat conforme au droit en vigueur soulève une question de méthode : le levier naturel serait une modification des règles d'éligibilité des CEE, qui relève du pouvoir réglementaire, plutôt qu'une injonction à une entreprise.
Ce qu'il faut surveiller
À l'heure de la publication, ni EDF ni BYD n'avaient annoncé de décision officielle de mettre fin à ce partenariat. Trois issues restent ouvertes : un retrait volontaire d'EDF avant la fin 2026 comme le demande le ministre, une modification réglementaire des critères d'éligibilité aux CEE pour les véhicules importés, ou un statu quo si le partenariat est jugé conforme au droit existant.
Cette séquence s'inscrit dans un contexte plus large de tension entre l'Europe et les constructeurs chinois, dont l'offensive commerciale se poursuit par ailleurs à un rythme soutenu, comme l'illustrent les 43 900 précommandes enregistrées en une heure par le Geely Cruiser 700 sur son marché intérieur.
Source
Information rapportée par Frandroid, qui cite Les Échos.
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