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Notaires français piratés : 40 millions d'euros détournés par de faux RIB en trois ans

Une enquête du Monde, appuyée sur des documents internes de l'ANSSI, détaille une campagne de trois ans menée par des cybercriminels sud-américains contre plus de 500 études notariales.

Kelvyn3 min de lecture

Plus de 500 études notariales françaises ont été visées pendant près de trois ans par un groupe de cybercriminels basés en Amérique du Sud, qui est parvenu à détourner entre 35 et 40 millions d'euros. L'affaire, révélée par Le Monde sur la base de documents internes de l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI) et du Conseil supérieur du notariat (CSN), a débuté fin 2022 et s'est poursuivie jusqu'à cette année.

Une messagerie piégée, deux méthodes de fraude

Tout commence par la compromission de l'ordinateur d'un office notarial. Les attaquants s'en servent ensuite pour envoyer des mails piégés à d'autres études, ce qui leur permet de progresser de machine en machine à travers toute la profession.

Deux techniques ont ensuite servi à monétiser ces accès. La première consiste à intercepter les échanges autour d'une vente immobilière : le notaire envoie son relevé d'identité bancaire par mail à son client, et les pirates, déjà présents dans la boîte de réception, substituent un faux RIB au vrai sans que personne ne s'en aperçoive. Le client pense payer l'étude, l'argent part chez les attaquants. La seconde est une fraude au président classique : usurpation de l'identité du notaire auprès de son propre personnel pour exiger un virement urgent et confidentiel.

Une intrusion jusqu'au cœur du système du notariat

Plus de 500 offices, soit environ 7 % des études françaises, ont été touchés. Plus préoccupant : le système informatique du Conseil supérieur du notariat lui-même a été compromis, et l'ANSSI y a découvert de nombreuses failles de sécurité, notamment sur le dispositif qui gère les clés numériques utilisées pour signer les actes authentiques. Les autorités redoutent qu'un tel accès permette un jour de fabriquer de faux actes. Sollicité par Le Monde, le CSN affirme qu'à la date de l'article, aucun faux acte authentique n'aurait été généré — une assurance donnée par l'organisme concerné lui-même, qu'aucune vérification indépendante ne vient pour l'instant confirmer publiquement.

Des attaquants qui s'adaptent aux défenses

Le CSN a pourtant averti la profession dès les premiers mois, avec une campagne recommandant de ne plus transmettre de RIB par courriel, et les banques des notaires ont renforcé leurs contrôles sur les virements suspects. Rien n'y a fait : les escroqueries se sont poursuivies, les attaquants ajustant leurs méthodes à mesure que les protections se durcissaient.

L'ANSSI résume ainsi la ténacité du groupe :

« très persistants » — l'ANSSI, citée par 01net.

Ce que ça change pour les études, et au-delà

Le ministère de la Justice a classé le dossier « particulièrement sensible et prioritaire ». Pour les études notariales, la leçon est simple mais coûteuse à mettre en œuvre : ne plus jamais transmettre un RIB par mail non vérifié, et faire confirmer par téléphone toute demande de virement inhabituelle, même signée du bon nom. Cette affaire s'ajoute à une série d'incidents touchant des institutions françaises cet été, dont la fuite visant les services fiscaux, sur laquelle la CNIL vient d'annoncer une visite sur place (voir notre article).

Source

Enquête original de Le Monde, relayée par 01net.

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