Anthropic surveille-t-elle les militants anti-IA ? Ce que révèle une enquête de The American Prospect
Un partenariat confirmé avec la société de renseignement Samdesk, une offre d'emploi visant « la menace de l'activisme », un signalement tardif à la police : les éléments d'une enquête qu'Anthropic n'a pas commentée.
Photo : Milan Malkomes / Unsplash
Une enquête du média américain The American Prospect, signée du journaliste Daniel Boguslaw, avance qu'Anthropic disposerait d'un dispositif permettant d'anticiper les mobilisations anti-IA et de signaler des individus à la police avant tout acte répréhensible — ce que l'article qualifie, au conditionnel et dès son titre, de système de « précrime ». Anthropic n'a pas commenté publiquement ces éléments, selon ce qui est rapporté.
Un partenariat confirmé avec une société de renseignement
L'élément le plus solide de l'enquête est un partenariat qu'Anthropic ne dément pas : l'entreprise travaille avec Samdesk, une société dirigée par James Neufeld, pour anticiper les rassemblements susceptibles de survenir lors des déplacements de ses dirigeants. Keon Ellison, responsable des opérations de sécurité chez Anthropic, a décrit ce fonctionnement dans un podcast :
« Nous avons reçu via Samdesk une alerte alors qu'un dirigeant partait pour une grande ville où une manifestation se préparait » — Keon Ellison, responsable des opérations de sécurité chez Anthropic.
Un signalement à la police, cinq jours après
L'enquête relate un cas précis : le 14 août, un homme aurait évoqué l'achat d'un fusil AR-15 et affirmé avoir « Dario Amodei dans sa ligne de mire ». Anthropic aurait alerté la police cinq jours plus tard. Ce délai interroge sur la nature réellement prédictive du dispositif : un signalement intervenu près d'une semaine après les faits relève davantage du traitement d'un signal a posteriori que d'une anticipation en temps réel. Selon un rapport de police consulté par le San Francisco Standard, l'employé d'Anthropic ayant transmis le signalement aurait par ailleurs refusé de montrer aux enquêteurs l'intégralité des messages en cause. Aucune arrestation n'a suivi, et l'auteur des messages aurait ultérieurement affirmé qu'il plaisantait.
Une offre d'emploi qui cible « la menace de l'activisme »
Autre pièce versée au dossier : une offre de poste interne intitulée « Enterprise Intelligence Specialist », rémunérée entre 180 000 et 230 000 dollars par an, qui exigerait explicitement du candidat de savoir identifier « la menace de l'activisme ». L'enquête y voit la preuve d'une approche institutionnalisée plutôt que d'un cas isolé, sans toutefois publier l'intégralité du texte de l'annonce.
Ce que cette enquête établit, et ce qu'elle n'établit pas
Le partenariat avec Samdesk et l'existence de l'offre d'emploi ne sont, eux, pas contestés dans l'article : c'est sur l'interprétation de ces éléments — anticipation légitime de risques pour la sécurité de dirigeants très exposés, ou surveillance ciblant plus largement l'activisme anti-IA — que porte le débat soulevé par cette enquête.
Source
Clubic, qui cite l'enquête de The American Prospect et un rapport de police consulté par le San Francisco Standard.
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