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70 ans d'archives bloquées dans un data center : la leçon coûteuse d'une chaîne de télévision

Le prestataire de stockage cloud de Nine PBS a cessé son activité sans prévenir. Les 50 To sont physiquement là, dans un data center d'Iron Mountain — mais personne n'a le droit de les rendre.

Kelvyn3 min de lecture

Nine PBS, l'antenne de Saint-Louis du réseau public américain, a porté plainte le 28 juillet contre Iron Mountain Data Centers pour récupérer 50 téraoctets d'émissions, de vidéos et de données remontant à soixante-dix ans.

Il y a là plus de onze mille fichiers : la couverture de la pandémie de Covid-19, l'histoire d'East Saint-Louis, la grande crue de 1993. La plainte indique que « la plupart » de ces données sont « uniques et irremplaçables ».

Comment on en arrive là

La chaîne avait confié son stockage à une société devenue Open Source Storage (OSS), qui hébergeait physiquement les serveurs dans un data center d'Iron Mountain à Denver. Le contrat prévoyait trente jours pour récupérer les données à son échéance.

  • En février, Nine PBS n'obtient aucune réponse d'OSS sur le renouvellement.

  • Le contrat expire le 6 mars. L'accès aux données est perdu brutalement, sans les trente jours prévus.

  • La chaîne découvre alors qu'OSS est en défaut auprès du registre du commerce du Colorado et a cessé son activité.

  • Le repreneur des actifs d'OSS finit par cesser de répondre, après avoir déclaré par téléphone avoir « été victime d'une fraude » en achetant la société.

Le nœud juridique

Iron Mountain a refusé de remettre les données, et son argumentaire n'est pas absurde : l'entreprise n'a de contrat qu'avec OSS, et ce sont les serveurs d'OSS qui contiennent les données.

Nos clients louent de l'espace pour leurs serveurs et autres matériels. Ce sont les biens du client. Nous n'avons pas accès aux données sur ce matériel parce qu'elles appartiennent à nos clients.

L'hébergeur ajoute qu'accorder « un accès non autorisé à du matériel appartenant à un tiers sans décision de justice » violerait les protocoles de confidentialité, romprait son contrat avec OSS et exposerait potentiellement les données d'autres clients d'OSS.

Où en est la procédure

Un juge a d'abord interdit à Iron Mountain de supprimer ou de modifier les données. Puis, lors d'une audience mercredi, il a ordonné la remise de tout support physique contenant ces données.

La chaîne doit désormais trouver sous trente jours un tiers capable d'extraire les données — un ancien salarié d'OSS, par exemple — sans partager ni corrompre celles des autres clients. Nine PBS dit être déjà en contact avec un ancien employé « disposé à aider ». Si les données s'avèrent chiffrées, une nouvelle audience sera nécessaire. Les deux parties doivent rendre compte d'ici au 14 septembre.

Ars Technica a demandé à la chaîne si elle disposait de sauvegardes et ce qu'elle comptait faire pour éviter que cela se reproduise. La question est restée sans réponse.

Ce que ça change pour vous

L'affaire n'est pas américaine par nature. Les mêmes ingrédients existent partout : un prestataire intermédiaire, une infrastructure qui appartient à un tiers, et un contrat qui ne survit pas à la disparition de l'un des deux.

  • Sachez où sont physiquement vos données. « Dans le cloud » n'est pas une réponse. Le nom du data center et de son exploitant en est une.

  • Une clause de restitution ne vaut que si le signataire existe encore. Les trente jours prévus au contrat n'ont servi à rien.

  • Gardez une copie hors du prestataire. C'est la seule protection qui ne dépend d'aucun contrat. Une sauvegarde chez le même fournisseur n'est pas une sauvegarde.

  • Testez la restauration, pas seulement la sauvegarde. Une archive que personne n'a jamais essayé de relire est une hypothèse, pas un actif.

Source

Ars Technica, « PBS station fears losing 50TB of data after being ghosted by cloud storage provider », par Scharon Harding, 14 août 2026, d'après Current et le Denver Post.

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