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Vingt millions de lunettes caméra par an : des applications tentent de les repérer

Meta a vendu plus de 7 millions de lunettes IA en 2025 et vise 20 millions par an fin 2026. Des développeurs indépendants publient des détecteurs Bluetooth — imparfaits, et ils le disent eux-mêmes.

Kelvyn4 min de lecture

Sauriez-vous dire si quelqu'un, près de vous, porte des lunettes IA de Meta ? À mesure que le marché explose, la probabilité d'être filmé à son insu au cours d'une journée ordinaire augmente mécaniquement.

Les chiffres donnent l'échelle :

  • plus de 7 millions de lunettes IA vendues en 2025 ;

  • contre 2 millions sur les deux années précédentes cumulées ;

  • au moins 20 millions d'unités produites par an visées d'ici fin 2026.

Une diode, et c'est tout

Pour les personnes filmées sans le savoir, la seule protection prévue par Meta est une petite diode d'enregistrement. Cooper Quintin, technologue à l'Electronic Frontier Foundation, la juge quasiment « inutile » : un autocollant suffit à la masquer, et elle ne dissuadera pas quelqu'un décidé à mal s'en servir.

Le volume de vidéos circulant en ligne suggère selon lui que la diode est « mieux que rien, mais pas de beaucoup ».

L'entreprise a par ailleurs fait marche arrière en supprimant un système de reconnaissance faciale non annoncé de son application pour lunettes, que Wired et l'EFF avaient révélé installé discrètement sur 50 millions de téléphones en juin. Rien n'indique si, ou quand, il pourrait revenir.

Les interdictions arrivent, et leurs limites

Écoles, tribunaux, restaurants et salles de spectacle commencent à les proscrire. Les organisateurs de la DEF CON 2026 les ont bannies sans exception, en rappelant aux participants concernés d'emporter une paire de lunettes correctrices conformes.

Mais une interdiction ne vaut que ce que vaut son application. Repérer une paire demande un personnel de sécurité averti, et dépend souvent de la bonne volonté du porteur ou de la vigilance des autres.

Les applications de détection

Depuis février, des développeurs publient des applications qui signalent les lunettes proches en détectant le signal Bluetooth utilisé pour les appairer au téléphone. Trois se détachent :

  • Nearby Glasses — 2,99 $, iOS et Android, plus de 100 000 téléchargements sur le Play Store ;

  • Antizuck Smart Glasses Scanner — environ 3 $, en tête des classements iPhone en juillet ;

  • Zuckoff — gratuit sur iPhone depuis début août, scan permanent en option à environ 10 $ par an.

Leurs auteurs sont les premiers à en énoncer les limites. Elles ne peuvent pas déterminer si les lunettes sont en train d'enregistrer, la détection échoue si un mur ou un corps gêne le signal, et les faux positifs sont probables. Tous conseillent d'éviter la confrontation et déclinent toute responsabilité en cas de malentendu.

Yves Jeanrenaud, auteur de Nearby Glasses, écrit sur GitHub qu'il n'est « pas un développeur professionnel » et ajoute : « Je ne veux pas promouvoir le solutionnisme technologique, ni que les gens se sentent faussement en sécurité. »

Comment on construit un détecteur

Le principal obstacle rencontré par Pawel Szydlowski, l'auteur de Zuckoff, est instructif : il fallait collecter les identifiants uniques que les fabricants attribuent à chaque produit pour des raisons réglementaires. Pour en dresser la liste la plus complète possible, il a écumé Instagram et Reddit à la recherche de photos de porteurs, puis leur a écrit :

Je vois que vous avez ces lunettes. Pouvez-vous m'aider avec ce petit nom ? Je veux connaître l'identifiant unique qu'elles diffusent.

L'application estime la distance à partir de la puissance du signal et affiche un niveau de confiance plutôt qu'un oui ou non : à portée de bras, dans la même pièce, à proximité, ou loin. Le fonctionnement en arrière-plan a été le plus difficile à obtenir sur iPhone, Apple n'autorisant dans ce mode qu'une liste fixe d'identifiants de services Bluetooth connus.

Le précédent AirTag

Szydlowski compare la situation aux débuts des AirTags d'Apple, sortis en 2021 et rapidement impliqués dans des affaires de harcèlement. Il n'existe toujours pas de loi fédérale américaine sur ces abus, et il a fallu trois à cinq ans aux premiers États pour légiférer.

Sa proposition est simple et technique : obliger les fabricants à diffuser un identifiant de service Bluetooth spécifique pendant l'enregistrement. Les applications de détection deviendraient alors fiables. En attendant, il ne se fait pas d'illusions sur l'accueil réservé à la sienne : « Je suis à peu près sûr qu'ils ne seront pas ravis que cette application existe. »

Source

Ars Technica, « As demand for Meta AI glasses explodes, it's harder to avoid creepy recordings », par Ashley Belanger, 21 août 2026.

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