Quitter Gmail pour Proton Mail : le guide complet de la migration
Importer e-mails, contacts et agendas, garder son ancienne adresse le temps de la transition, choisir entre l'offre gratuite et Mail Plus, et savoir précisément ce que Proton chiffre, et ce qu'il ne chiffre pas.

Photo : Visuel promotionnel Proton
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Passer de Gmail à Proton Mail, la messagerie chiffrée de l'entreprise suisse Proton, demande environ une heure de manipulations puis quelques semaines de transition : l'outil Easy Switch importe e-mails, contacts et agendas, et la connexion Gmail fait suivre le courrier qui arrive encore sur l'ancienne adresse.
La différence de fond tient aux clés. Chez Gmail, Google détient les clés qui chiffrent votre boîte : ses serveurs peuvent lire vos messages. Chez Proton, les messages stockés sont chiffrés avec une clé que Proton ne possède pas, ce que l'entreprise appelle le chiffrement « zero-access ». Ce principe a des limites précises, qu'il vaut mieux connaître avant de déménager.
Ce que Proton chiffre, et ce qu'il ne chiffre pas
Entre deux adresses Proton : chiffrement de bout en bout. Seuls l'expéditeur et le destinataire peuvent lire le contenu, selon la page d'aide de Proton.
Vers Gmail, Outlook ou toute autre messagerie : le message voyage protégé par TLS, le chiffrement standard des connexions, puis il est lisible par le service du destinataire. Le chiffrement de bout en bout ne s'applique que si vous envoyez un « e-mail protégé par mot de passe », que le destinataire ouvre avec un mot de passe communiqué à part.
Les messages reçus de l'extérieur : ils arrivent lisibles, sont analysés en mémoire contre le spam, puis chiffrés à l'arrivée. C'est du chiffrement zero-access, pas du bout en bout : Proton a eu le message en clair au moment de sa réception, comme l'explique sa page sur le chiffrement.
L'objet et les adresses : chiffrés au stockage, mais pas de bout en bout, parce que l'objet fait partie de l'en-tête OpenPGP. La politique de confidentialité de Proton Mail, modifiée le 14 septembre 2026, liste les métadonnées que l'entreprise peut voir : adresses de l'expéditeur et des destinataires, adresse IP d'origine des messages entrants, nom des pièces jointes, objet, heures d'envoi et de réception.
Gratuit ou Mail Plus : que choisir avant de commencer ?
L'offre gratuite de Proton Mail convient à une boîte légère, pas à la reprise d'un Gmail rempli depuis dix ans. D'après la grille tarifaire de Proton, consultée le 24 septembre 2026 :
Gratuit : 500 Mo au départ, portés à 1 Go une fois une liste de premières étapes accomplie, une seule adresse, 150 messages envoyés par jour, 3 dossiers, 3 étiquettes et 1 filtre. Pas d'accès IMAP ni SMTP, donc pas de Bridge pour Outlook, Thunderbird ou Apple Mail, et pas de transfert automatique.
Mail Plus : 4,99 € par mois sans engagement, ou 3,99 € par mois sur un an, soit 47,88 €. 15 Go, 10 adresses, un nom de domaine personnel, dossiers et filtres illimités, Bridge et l'application de bureau.
Proton Unlimited : 12,99 € par mois, ou 9,99 € par mois sur un an (119,88 €). 500 Go partagés entre la messagerie et Proton Drive, et les versions payantes de Proton VPN et de Proton Pass.
Les tarifs les plus bas affichés, 3,49 € par mois pour Mail Plus et 7,99 € pour Unlimited, supposent de payer 24 mois d'avance ; l'abonnement est ensuite renouvelé au prix annuel. Les conditions d'utilisation de Proton, modifiées le 23 juin 2026, prévoient que le renouvellement se fait au tarif en vigueur à ce moment-là, et un remboursement intégral dans les 30 jours suivant le premier achat, une seule fois par utilisateur et seulement pour un achat fait directement chez Proton.
Deux points à vérifier avant de choisir. D'abord la taille de votre boîte Gmail, affichée en bas de la boîte de réception sur ordinateur : Easy Switch importe par défaut les messages les plus récents, jusqu'à 80 % de l'espace disponible chez Proton. Ensuite, un compte gratuit resté inactif douze mois peut être supprimé, après trois avertissements envoyés 30, 15 et 7 jours avant.
Étape 1 : importer Gmail avec Easy Switch
Easy Switch se lance depuis la version Web de Proton Mail, sur ordinateur. La procédure, décrite dans le guide de Proton pour quitter Gmail :
Créez votre compte Proton, puis ouvrez Proton Mail dans un navigateur.
Ouvrez Paramètres, puis Tous les paramètres, puis Importer via Easy Switch, et choisissez Google.
Lancez la connexion à Gmail et acceptez la demande d'autorisation de Google.
Cochez toutes les autorisations demandées : l'import démarre automatiquement.
Pour choisir quoi importer, ouvrez les options d'import avancées : e-mails, contacts ou agendas, et une période d'un, trois, six ou douze mois, ou tout l'historique. Les contacts sont repris jusqu'à 10 000.
L'import tourne sur les serveurs de Proton : vous pouvez fermer l'onglet. Easy Switch accepte aussi Yahoo, Outlook et toute messagerie accessible en IMAP, selon sa page d'aide.
Étape 2 : garder l'ancienne adresse pendant la transition
Une fois Gmail connecté, Proton fait suivre les nouveaux messages reçus sur l'adresse Gmail et vous permet d'envoyer depuis cette adresse. Un compte gratuit peut connecter un compte Gmail, un compte payant trois. La fonction ne marche ni avec Google Workspace ni avec une adresse sur nom de domaine personnel.
La limite est importante : un message envoyé depuis l'adresse Gmail à quelqu'un qui n'est pas chez Proton passe par les serveurs de Google, qui peut donc le lire. Cette connexion sert à assurer la transition, pas à rester sur Gmail sans Google.
Étape 3 : changer d'adresse partout
Le plus long n'est pas l'import, c'est la mise à jour de vos comptes. Dans l'ordre :
Les comptes qui servent à récupérer les autres : banque, impôts, Ameli, opérateur, Apple ou Google, et toute adresse de récupération. Si l'un d'eux reste lié à Gmail, Gmail reste une porte d'entrée.
Les services qui envoient des codes par e-mail, pour la double authentification ou la connexion sans mot de passe.
Le reste, au fil de l'eau : chaque message qui arrive encore sur Gmail, et que Proton fait suivre, rappelle un compte à mettre à jour.
Ne supprimez pas le compte Gmail tout de suite. Gardez-le quelques mois, le temps que plus rien d'important n'y arrive, et connectez-vous-y de temps en temps pour qu'il ne soit pas considéré comme inactif.
Continuer avec Outlook, Thunderbird ou Apple Mail
Proton Mail Bridge fait tourner sur votre ordinateur un petit serveur IMAP et SMTP : votre logiciel de messagerie habituel s'y connecte, et Bridge chiffre et déchiffre au passage. Bridge exige une offre payante et fonctionne sous Windows 10 (version 22H2) et Windows 11, macOS 15 et macOS 26, et Linux, selon la liste des systèmes pris en charge. Sur téléphone, il faut passer par les applications Proton Mail.
Que peut remettre Proton à la justice ?
Proton est soumis au droit suisse. L'entreprise refuse les demandes venues directement de l'étranger, mais un pays étranger peut passer par les autorités suisses. Son rapport de transparence compte 11 023 ordonnances visant Proton Mail en 2024, dont 10 368 exécutées, et 9 301 en 2025, dont 8 313 exécutées. Ce que Proton peut remettre, ce sont les métadonnées et les informations de compte, pas le contenu chiffré.
2021 : à la demande de la France, relayée par la Suisse, Proton a enregistré puis transmis l'adresse IP d'un militant pour le climat. L'entreprise a expliqué dans un billet de blog qu'elle pouvait être contrainte d'enregistrer les adresses IP d'un compte précis, et a retiré de son site une phrase qui laissait entendre le contraire, comme l'a relevé The Register.
2024 : pour une enquête espagnole visant un militant catalan, Proton a transmis l'adresse e-mail de récupération du compte, une adresse iCloud ; Apple a ensuite fourni l'identité de son titulaire, a rapporté TechCrunch.
La politique de confidentialité précise qu'aucun journal permanent des adresses IP n'est tenu par défaut. Pour un usage qui exige l'anonymat, Proton recommande lui-même de passer par Tor, et une adresse de récupération liée à votre identité en dit plus long qu'elle n'en a l'air.
Le cadre suisse, enfin, est en discussion. Le Conseil fédéral a mis en consultation en janvier 2025 une révision de l'ordonnance sur la surveillance des télécommunications (OSCPT) qui, selon lui, ne vise pas le chiffrement de bout en bout. Proton s'y est opposé et a annoncé déplacer une partie de son infrastructure hors de Suisse, en commençant par son assistant Lumo ; ses serveurs de messagerie sont désormais situés en Suisse, en Allemagne ou en Norvège, et Heise rappelle que l'entreprise dit ne pas quitter la Suisse. Le 11 février 2026, le Conseil fédéral a pris acte des résultats de la consultation, confié une analyse d'impact à une société externe et annoncé une deuxième consultation. Rien n'est adopté au 24 septembre 2026.
Quelles alternatives à Proton Mail ?
Tuta, hébergé en Allemagne, chiffre aussi l'objet des messages, les agendas et les contacts, avec son propre protocole plutôt que PGP. Il laisse en clair les adresses et les dates, selon sa page sur le chiffrement.
mailbox.org, hébergé à Berlin, est une messagerie classique et soignée où le chiffrement PGP est proposé mais pas activé d'office, selon sa page sécurité.
Aucune ne règle le problème de départ : un e-mail échangé avec quelqu'un resté sur Gmail passe toujours par Google.
Transparence. KLYNLABS est partenaire affilié de Proton. L'entreprise n'a ni commandé, ni relu, ni validé ce guide, et les limites décrites ici y figurent pour cette raison. Comment nous nous finançons.
Sources
Proton, tarifs de Proton Mail, conditions d'utilisation, politique de confidentialité de Proton Mail et rapport de transparence, consultés le 24 septembre 2026.
Proton, pages d'aide : ce qui est chiffré, le chiffrement expliqué, Easy Switch, quitter Gmail, Bridge, systèmes pris en charge par Bridge.
Proton, « Important clarifications regarding arrest of climate activist », 6 septembre 2021 ; The Register, 7 septembre 2021 ; TechCrunch, 8 mai 2024.
Conseil fédéral suisse, communiqués du 29 janvier 2025 et du 11 février 2026 ; Proton, annonce de Lumo, 23 juillet 2025 ; Heise, 16 août 2025.
Tuta et mailbox.org, pages sur le chiffrement et la sécurité.
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