Les Pays-Bas développent leur propre distribution Linux pour quitter Windows dans l'administration
Baptisé DAWO et bâti sur NixOS, ce bureau Linux maison est testé dans huit communes néerlandaises, sans date de bascule générale pour l'instant.
Le gouvernement néerlandais teste depuis 2026, dans huit communes du pays, un environnement de travail numérique bâti sur la distribution Linux NixOS et baptisé DAWO, avec l'objectif à terme de réduire la dépendance de son administration à Microsoft Windows.
Pourquoi les Pays-Bas veulent-ils se passer de Windows ?
L'origine du projet remonte à début 2025. Après que les États-Unis ont imposé des sanctions à la Cour pénale internationale, installée à La Haye, Microsoft a coupé l'accès de son procureur en chef à plusieurs de ses services, dont sa messagerie électronique. Selon Victor Gevers, expert en sécurité associé à l'équipe de développement de DAWO, cet épisode a fait comprendre au gouvernement néerlandais que l'accès à des services essentiels dépendait en réalité de décisions prises à Washington. C'est cette prise de conscience, documentée par le média spécialisé It's FOSS, qui a servi de déclencheur au projet.
Qu'est-ce que DAWO exactement ?
DAWO signifie Digitaal Autonome Werkomgeving Overheid, soit « environnement de travail numérique autonome pour l'administration ». Porté par le ministère néerlandais de l'Intérieur et des Relations du Royaume (BZK), le projet ne se limite pas à un système d'exploitation : il couvre aussi une suite bureautique et de collaboration baptisée MijnBureau, construite avec des briques des projets français La Suite et allemand OpenDesk, ainsi que des services cloud et de gestion des identités. Trois prestataires informatiques de l'État néerlandais — SSC-ICT, DICTU et DUO-ICT — sont chargés de sa mise en œuvre.
Sur le plan technique, le socle principal repose sur une implémentation maison de NixOS baptisée DAWO-NixOS, doublée par prudence d'une piste de secours construite sur Fedora Kinoite, comme l'indique le dépôt de code officiel du ministère.
Pourquoi choisir NixOS plutôt qu'une autre distribution ?
Le choix n'est pas anodin : NixOS est un projet d'origine néerlandaise, né d'un gestionnaire de paquets développé à l'université d'Utrecht, et surtout non contrôlé par une entreprise unique. openSUSE et Fedora, envisagés un temps, ont été écartés de l'option principale en raison de leurs liens commerciaux, respectivement avec l'éditeur SUSE et avec Red Hat, propriété de l'américain IBM. Selon It's FOSS, l'un des développeurs du projet, Rutger Putter, estime qu'environ 80 à 90 % d'une configuration peut être réutilisée d'un déploiement à l'autre, ce qui limite le travail de reparamétrage à chaque nouvelle machine. Autre avantage concret : NixOS fait tourner sans problème de vieux ordinateurs portables que Windows 11 refuse désormais de démarrer, ce qui permet aux pilotes actuels de recycler du matériel promis à la casse.
Un fondement interopérable et numériquement autonome pour les postes de travail de l'administration.
C'est en ces termes que le ministère de l'Intérieur et des Relations du Royaume décrit officiellement DAWO sur code.overheid.nl, le portail de code source de l'administration néerlandaise.
Quel calendrier et quel périmètre pour l'instant ?
Le projet est devenu une commande officielle en juillet 2026, sur directive d'une commission interministérielle chargée de l'organisation des services de l'État. Huit communes le testent aujourd'hui, via l'association des communes néerlandaises (VNG), essentiellement sur du matériel informatique de récupération. Une première version stable de DAWO est espérée pour 2027, mais aucune date de bascule générale n'a été fixée : il s'agit pour l'instant de pilotes, pas d'un remplacement décidé de Windows dans l'ensemble de l'administration néerlandaise.
Un mouvement plus large en Europe
Les Pays-Bas rejoignent une liste déjà longue d'administrations européennes en quête d'indépendance logicielle. Le Danemark a entamé sa bascule hors de Windows dès 2025, avant que la France et la Suisse ne suivent début 2026 : la Confédération helvétique prévoit de faire migrer 3 000 postes de travail vers des logiciels libres d'ici la fin de 2027, tandis qu'en France la DINUM prépare sa propre sortie de Windows et que l'Urssaf a déjà choisi Linux pour son cloud. Des acteurs privés emboîtent le pas, à l'image d'OVHcloud, qui prépare sa propre suite bureautique face à Microsoft 365. Selon le média Politico, l'Europe dans son ensemble reste toutefois largement dépendante des grandes plateformes américaines, faute d'alternatives d'une échelle comparable — un rappel utile des limites actuelles de ce mouvement.
Source : Frandroid, complété par It's FOSS et le dépôt officiel code.overheid.nl/MinBZK/DAWO.
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