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Navier-Stokes : la percée d'OpenAI ternie par un soupçon de plagiat

L'entreprise affirme avoir fait progresser un problème du prix du millénaire grâce à l'IA, mais un mathématicien de New York l'accuse d'avoir puisé dans ses propres travaux.

Kelvyn5 min de lecture

Le 8 septembre 2026, OpenAI a annoncé qu'un modèle interne encore non public avait produit une preuve mathématique portant sur les équations de Navier-Stokes, l'un des sept problèmes du prix du millénaire de l'institut Clay. Sam Altman a aussitôt relayé la nouvelle sur X. Mais l'enthousiasme a rapidement cédé la place à une polémique : un mathématicien de l'université de New York accuse l'entreprise d'avoir puisé dans ses propres travaux pour la devancer.

Ce qu'OpenAI affirme avoir démontré

Dans son billet, OpenAI explique avoir mis au travail, à partir du 28 août, un modèle « plus performant » que GPT-6 Astra, pourtant tout juste lancé. Le 1er septembre, environ 10 000 agents ont tourné en parallèle pendant 88 heures pour produire une preuve de 165 pages, accompagnée d'une vérification formelle en Lean, un langage qui contrôle la cohérence logique de chaque étape du raisonnement. Le résultat annoncé : pour une version dite « forcée » des équations (un fluide poussé par une force extérieure), une singularité peut apparaître en temps fini, sous la forme d'un vortex qui s'enroule et s'étire indéfiniment. Le calcul aurait coûté, selon Axios, plusieurs millions de dollars — bien plus que la récompense en jeu. OpenAI a précisé ne pas vouloir réclamer le million de dollars promis par l'institut Clay.

L'accusation de plagiat portée par Tristan Buckmaster

La veille de l'annonce, le 7 septembre, le mathématicien Tristan Buckmaster (New York University) et Levent Alpöge, chercheur chez Anthropic — un concurrent direct d'OpenAI —, avaient publié leurs propres résultats sur un problème voisin, les équations d'Euler, fruit d'environ un an de travail assisté par Codex (OpenAI) et Claude (Anthropic). Leur avancée avait été saluée par leurs pairs ; le médaillé Fields Terence Tao a jugé qu'elle pourrait contribuer à une future résolution de Navier-Stokes.

Dans une déclaration publique, Buckmaster affirme avoir été contacté par OpenAI la semaine précédente, après que l'entreprise a eu vent de l'avancée de son équipe, et soupçonne qu'elle a cherché à écarter Alpöge des crédits en raison de son emploi chez Anthropic. Il redoute surtout qu'un modèle ait été entraîné sur les brouillons que son équipe stockait dans Codex, l'outil de programmation d'OpenAI. Selon son récit, il aurait demandé à l'entreprise si son modèle avait eu accès à leurs échanges dans Codex ou avait été entraîné dessus ; OpenAI lui aurait répondu que le modèle ne consultait pas les données utilisateur, sans toutefois répondre clairement, selon lui, à la question spécifique de l'entraînement.

OpenAI affirme de son côté ne pas avoir eu connaissance des travaux de Buckmaster et Alpöge avant leur publication, et souligne que les deux preuves diffèrent nettement, y compris dans les résultats précisément démontrés. L'entreprise assure qu'aucune donnée utilisateur spécifique n'a été consultée pour résoudre le problème, tout en concédant ne pas pouvoir exclure que des données dé-identifiées, issues de l'usage de ses produits, aient contribué à améliorer ses modèles. Sébastien Bubeck, qui dirige l'équipe mathématiques d'OpenAI, a jugé les accusations infondées et trompeuses, captures d'écran à l'appui pour tenter de montrer une coordination préalable entre Buckmaster et Alpöge. Sam Altman a expliqué avoir proposé à Buckmaster d'être auteur principal d'une réécriture de la preuve d'OpenAI — une offre qu'il dit ne pas avoir pu formuler à Alpöge, qu'il présente comme peu disposé à discuter ou à coordonner avec l'entreprise.

« Est-il éthique d'utiliser les données d'un client pour tenter de devancer ses propres clients ? »

— Tristan Buckmaster, en réaction à l'admission d'OpenAI selon laquelle des données dérivées de l'usage de ses produits ont pu contribuer à l'entraînement du modèle.

Une preuve encore loin d'être validée

À ce stade, la preuve d'OpenAI n'a été vérifiée par personne d'autre que l'entreprise elle-même. La formalisation en Lean garantit la cohérence logique du raisonnement tel qu'il a été encodé, mais pas que cet encodage corresponde exactement à l'énoncé posé par l'institut Clay : le résultat porte sur une version « forcée » des équations, et la question de savoir si une telle explosion « compte » pour le prix du millénaire fait elle-même débat chez les spécialistes. La communauté mathématique doit encore lire, disséquer et, le cas échéant, valider l'ensemble — un processus qui, selon les règles de l'institut Clay, prend au minimum deux ans après une publication dans une revue à comité de lecture.

Au-delà du fond mathématique, l'épisode interroge la façon dont les laboratoires d'IA documentent la provenance de leurs résultats, dans un climat de rivalité ouverte entre OpenAI et Anthropic. La question de la confiance n'est pas nouvelle chez OpenAI : nous évoquions récemment comment le renforcement de la supervision du raisonnement de ses modèles soulevait déjà des interrogations sur sa transparence. Ici, c'est la provenance des données d'entraînement qui est questionnée, sans qu'aucune des deux parties n'ait apporté de preuve tranchant le débat.

Source

Numerama — OpenAI affirme avoir résolu une partie d'un problème de maths du millénaire, malgré des accusations de plagiat

The Verge — Drama swirls around OpenAI's legendary mathematical milestone

Tristan Buckmaster — déclaration publique (PDF, NYU)

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