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Nvidia rachète Hugging Face pour 13 milliards de dollars, sa plus grosse acquisition

Un an après avoir refusé un investissement de Nvidia pour préserver son indépendance, Hugging Face rejoint le géant des puces. Les promesses de neutralité sont accueillies avec scepticisme.

Kelvyn3 min de lecture

Nvidia a annoncé jeudi le rachat de Hugging Face pour environ 13 milliards de dollars (12,93 milliards très exactement, soit 11,11 milliards d'euros). C'est la plus grosse acquisition jamais réalisée par le fabricant de puces, loin devant les 6,9 milliards de dollars déboursés pour le spécialiste des réseaux Mellanox en 2020.

Le dépôt de garanties d'un an à peine

L'histoire a de quoi surprendre : il y a un an, Hugging Face avait refusé un investissement de 500 millions de dollars proposé par Nvidia, à une valorisation de 7 milliards, précisément pour préserver son indépendance et éviter un actionnaire trop dominant. Cette fois, c'est Clément Delangue, le cofondateur français de la plateforme, qui aurait lui-même sollicité l'opération, selon les propos de Jensen Huang rapportés par le Financial Times.

Hugging Face s'est imposée en dix ans comme le principal dépôt de modèles d'IA ouverts : 18 millions de développeurs, 3 millions de modèles, environ 500 000 jeux de données et 1 million d'applications y transitent, utilisés par plus de 200 000 entreprises. C'est aussi la plateforme qu'un modèle non publié d'OpenAI a réussi à pirater cet été, un épisode qui a marqué l'actualité IA de la rentrée — Nvidia rachète donc une infrastructure qui vient de démontrer ses failles de sécurité.

Une indépendance promise, reçue avec scepticisme

Nvidia s'engage à ce que Hugging Face « reste une plateforme ouverte pour l'ensemble de l'écosystème IA » : les développeurs garderaient la liberté de choisir leurs modèles, fournisseurs cloud et puces, sans obligation de passer par le matériel Nvidia. L'équipe française conserverait son identité et sa mascotte. L'opération, qui doit encore franchir l'examen des autorités de la concurrence, ne devrait pas se conclure avant 2027.

« Les modèles ouverts permettent aux jeunes pousses, aux entreprises établies, aux universités et aux institutions publiques de s'appuyer sur des capacités avancées sans devoir entraîner chaque modèle depuis zéro. » — Jensen Huang, PDG de Nvidia (source : Ars Technica / Financial Times)

Les promesses d'indépendance ont toutefois été accueillies avec un certain scepticisme par les commentateurs du secteur, qui rappellent qu'un rachat à 13 milliards de dollars donne mécaniquement à l'acheteur les moyens de peser sur les orientations futures de la plateforme, quels que soient les engagements pris aujourd'hui. L'opération s'inscrit aussi dans une bataille plus large autour des modèles ouverts : Nvidia a récemment plaidé, dans une lettre publique de juillet, pour que les États-Unis soutiennent ce type de modèles face à la montée des systèmes ouverts chinois.

Pourquoi Nvidia veut contrôler la vitrine de l'IA ouverte

Pour Nvidia, l'intérêt dépasse la philanthropie technologique : plus les modèles ouverts se répandent, plus la demande pour ses propres puces augmente, y compris chez des clients qui ne dépendent pas exclusivement d'OpenAI ou d'Anthropic — deux entreprises qui développent par ailleurs leurs propres processeurs. En prenant le contrôle du principal canal de distribution des modèles ouverts, Nvidia s'assure aussi une influence sur ce qui se diffuse largement dans l'industrie, un levier qui va bien au-delà de la vente de composants.

Source

Article rédigé à partir des informations du Financial Times relayées par Ars Technica et du compte rendu de Clubic.

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