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80 % des smartphones ne respectent pas l'indice de réparabilité européen

Un an après son entrée en vigueur, l'obligation d'indiquer un accès aux pièces détachées reste ignorée par la grande majorité des fabricants, selon iFixit et Right to Repair Europe.

Kelvyn3 min de lecture

C'était censé être une obligation, cela ressemble davantage à une suggestion polie. À l'occasion du premier anniversaire du nouvel indice de réparabilité européen, iFixit et le collectif Right to Repair Europe ont vérifié comment les fabricants de smartphones respectaient leurs nouvelles obligations légales. Le résultat : environ 80 % des constructeurs ne s'y conforment pas.

Une obligation d'information largement ignorée

La fiche d'information standardisée qui accompagne chaque smartphone vendu dans l'Union européenne doit indiquer une adresse web permettant d'accéder aux pièces détachées et aux instructions de réparation. Sur les 2 334 produits mis sur le marché européen au cours des douze derniers mois, seuls 18 % sont réellement accompagnés de cette information pourtant obligatoire, selon l'enquête d'iFixit et Right to Repair Europe.

La moitié des fiches produits analysées ne contiennent tout simplement aucun lien vers une plateforme d'aide à la réparation. Pour le reste : 19 % renvoient vers une URL qui ne contient aucune des informations attendues, 8 % se contentent de suggérer de « vérifier le manuel », et 5 % redirigent carrément vers Temu ou AliExpress.

Quand l'adresse légale mène à un marché chinois

Le cas du fabricant Ulefone illustre bien le problème : l'adresse renseignée paraît légitime, mais redirige en réalité vers AliExpress. Or acheter des pièces détachées sur ce type de plateforme peut faire supporter des frais de TVA imprévus à l'acheteur, et surtout faire courir le risque de recevoir des pièces dépourvues de certification européenne de sécurité — l'exact contraire de ce que l'indice de réparabilité est censé garantir.

Beaucoup des téléphones épinglés proviennent de constructeurs chinois à la présence marginale en Europe, mais l'enquête souligne que même Apple et Samsung ne sont pas exempts de reproches : leurs plateformes de pièces détachées existent bien, mais restent jugées trop complexes à utiliser pour le grand public. Les sèche-linge, également soumis à cette réglementation, ne sont pas mieux lotis, avec des liens renvoyant vers des sites génériques ou exigeant une connexion avec identifiant et mot de passe.

L'indice de réparabilité européen est partiellement basé sur des informations que le grand public ne peut vérifier.

Un contrôle qui n'existe quasiment pas

Cette situation est rendue possible par l'absence de vérification — même automatisée — au sein du registre européen d'étiquetage énergétique des produits (EPREL), sur lequel repose l'indice. Rien n'empêche donc, dans les faits, un fabricant d'afficher un score maximal sur le critère de la réparabilité sans que l'information déclarée soit jamais contrôlée. La responsabilité de la vérification est déléguée aux États membres ou aux associations de consommateurs, qui ne disposent pas des moyens nécessaires pour l'exercer systématiquement.

Pour Right to Repair Europe, cette faille de contrôle mine l'intérêt même du dispositif : sans pouvoir comparer la disponibilité ou le prix des pièces détachées, ni accéder à un manuel de démontage, faire un choix éclairé au moment de l'achat devient une gageure. L'association espère que les règles se durciront après cette première année de rodage, comme cela s'est produit pour l'indice de réparabilité français, plus ancien et plus contraignant.

Sources

Les Numériques, « 8 smartphones sur 10 sont hors-la-loi : l'immense fiasco de la réparabilité en Europe »

Right to Repair Europe

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