Apple accuse OpenAI d'avoir détruit des preuves dans son procès pour vol de secrets industriels
Un MacBook enfin restitué par un ex-ingénieur d'Apple révélerait des messages évoquant l'effacement de données forensiques, dans un procès qui pose une question inédite : peut-on encore restituer un secret déjà absorbé par un agent IA ?
Photo : Michael D Beckwith / Unsplash
Le procès qu'Apple a intenté à OpenAI le 10 juillet pour vol de secrets industriels vient de prendre un tour plus sérieux. Dans une pièce déposée lundi devant le tribunal fédéral du Nord de la Californie, les avocats d'Apple accusent la maison mère de ChatGPT d'avoir retardé pendant des semaines la remise d'un ordinateur portable central dans l'affaire, et d'y avoir découvert des échanges évoquant l'effacement de données que la justice réclamait.
Un MacBook resté branché aux serveurs d'Apple
La plainte initiale vise OpenAI, sa filiale matérielle io Products (issue du rachat de la société de Jony Ive) et deux anciens salariés d'Apple : Tang Yew Tan, vingt-quatre ans de maison et désormais responsable du matériel chez OpenAI, et Chang Liu, ingénieur systèmes senior parti en janvier après huit ans de service. Apple reproche à Liu d'avoir conservé un MacBook professionnel encore connecté à ses réseaux internes, puis d'avoir exploité cet accès résiduel pour télécharger des dizaines de fichiers confidentiels.
OpenAI conteste l'ensemble des accusations et a demandé le rejet de la plainte, la qualifiant selon la presse américaine d'« étrangement personnelle ». L'entreprise souligne surtout un point qui l'arrange : Apple n'a jamais coupé les accès numériques de son ancien salarié après son départ.
Ce que l'analyse forensique du MacBook aurait révélé
Selon Apple, ce n'est qu'après plusieurs semaines de retard que les avocats de Liu ont fini par remettre l'ordinateur, le 21 août. Une première inspection en aurait tiré quatre constats : le téléchargement d'un schéma de circuit confidentiel d'Apple, sa réutilisation dans une simulation lancée en mars via LTspice (un logiciel d'ingénierie électronique courant), un accès persistant à un espace de stockage en ligne d'Apple que d'autres personnes chez OpenAI auraient connu, et des messages dans lesquels Liu évoquerait la nécessité de « restaurer » puis de « recommencer à utiliser » des appareils appartenant à Apple après avoir appris l'existence d'une enquête interne le visant en juin.
Il faut le rappeler avec précision : il s'agit d'allégations d'une seule partie, le document déposé est en partie caviardé, et l'identité de la ou du collègue cité n'est pas rendue publique dans les passages accessibles. Rien de tout cela n'a encore été tranché par un juge.
« The newly discovered evidence demonstrates the very real risk of evidence destruction. »
Cette phrase, tirée de la plainte d'Apple et rapportée par The Verge, résume la stratégie de la firme de Cupertino : obtenir en urgence une procédure de collecte de preuves accélérée avant que des éléments jugés volatils, journaux système, métadonnées, historiques d'usage, ne disparaissent.
La question qu'aucun tribunal n'avait vraiment tranchée
L'affaire soulève une difficulté que le droit du secret des affaires n'a pas l'habitude de traiter : dans ses échanges, Liu évoquait le fait que son assistant IA avait appris à lancer LTspice et à en analyser les résultats. Si une information confidentielle a réellement été absorbée par un modèle ou un agent qui apprend de ses entrées, la question n'est plus seulement de récupérer des fichiers, mais de savoir si une donnée peut encore être extraite d'un système qui l'a assimilée et qui continue de s'en servir. Aucune des mesures classiques, restitution, interdiction d'usage, destruction des copies, ne répond vraiment à ce cas de figure, ce qui explique l'insistance d'Apple pour une injonction préliminaire qu'OpenAI combat de son côté.
Un contentieux qui dépasse les deux ex-salariés
Le litige porte sur des schémas, des cartes mères et des prototypes, alors même que plus de 400 anciens employés d'Apple ont rejoint OpenAI, qui prépare avec l'équipe de Jony Ive un appareil grand public. C'est cet appareil que la plainte vise en creux. Le dossier arrive aussi à un moment particulier pour Apple : John Ternus, patron de l'ingénierie matérielle, a pris la direction opérationnelle de l'entreprise le 1er septembre, la veille du dépôt de cette pièce, tandis que Tim Cook devient président exécutif du conseil. La prochaine étape judiciaire, une audience sur la demande de collecte accélérée de preuves, doit encore être fixée.
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