Revolut a remis passeports et relevés de clients à de fausses autorités
Les demandes provenaient d'une véritable adresse e-mail d'une administration, détournée. La néobanque parle d'un nombre « limité » de victimes, sans chiffre, sans pays et sans nommer l'agence usurpée.

Photo : Zulfugar Karimov / Unsplash
Revolut a confirmé le 12 septembre avoir communiqué des données sensibles de clients à un tiers non autorisé. L'affaire a d'abord été signalée la veille par le chercheur en sécurité ZachXBT, détaillée par le site FrenchBreaches, puis confirmée par la néobanque auprès de TechCrunch. Des clients ont commencé à recevoir des notifications le 11 septembre.
Un piège administratif, pas une intrusion
Il n'y a pas eu d'intrusion dans les systèmes de Revolut. L'escroc a envoyé des demandes d'informations officielles depuis une adresse e-mail appartenant au domaine d'une vraie agence gouvernementale. Le message venant d'un expéditeur légitime en apparence comme en technique, il a passé les contrôles habituels et la banque a répondu comme à une réquisition authentique.
Revolut parle d'une escroquerie élaborée reposant sur l'usurpation d'identité, indique avoir bloqué l'adresse, prévenu les clients concernés, l'agence dont le domaine a été utilisé, les forces de l'ordre et les régulateurs. L'entreprise affirme que ses systèmes et les fonds de ses clients ne sont pas touchés.
Ce qui a été transmis
Selon les notifications, et avec des variations d'un client à l'autre :
identité et coordonnées : nom, date de naissance, profession, adresse, e-mail, téléphone ;
copies de passeport ou de permis de conduire ;
selfies réalisés lors de la vérification d'identité ;
IBAN, relevés de compte, historiques de retraits et de transactions, y compris en bitcoin.
Ce que Revolut ne dit pas
Beaucoup de choses. La banque parle d'un nombre « limité » de victimes sans le chiffrer. Elle ne précise ni les pays concernés, ni l'administration dont l'adresse a servi, ni la date des faits, ni la manière dont l'escroc a obtenu l'accès à cette boîte. Qu'un média français ait révélé l'affaire ne suffit pas à conclure que des clients français sont touchés.
Une technique déjà éprouvée
Le procédé n'est pas nouveau. En 2022, Brian Krebs documentait des « demandes de données d'urgence » falsifiées envoyées à de grandes plateformes depuis des comptes de policiers piratés. Le mécanisme exploite une contrainte réelle : une entreprise qui tarde à répondre à une autorité s'expose elle aussi.
La faiblesse est donc organisationnelle. Vérifier qu'un e-mail vient bien d'un domaine public ne suffit plus quand ce domaine a été compromis ; la parade passe par un contre-appel vers un contact connu, un portail dédié aux réquisitions, ou une validation par un second canal avant toute transmission de pièces d'identité.
Si vous êtes client
Lisez les messages reçus dans l'application Revolut plutôt que les e-mails ou SMS, que des escrocs peuvent imiter.
Méfiez-vous des appels se réclamant de Revolut ou d'une autorité et citant vos transactions : ces détails ont pu fuiter.
Surveillez l'ouverture de comptes ou de crédits à votre nom.
Sources
FrenchBreaches, « Revolut : des données sensibles de clients transmises après de fausses demandes gouvernementales », 12 septembre 2026.
TechCrunch, « Revolut confirms customer data breach through fake government requests », 12 septembre 2026.
Clubic, « Gros couac pour Revolut, qui a transmis des données sensibles de clients à de faux agents gouvernementaux », 12 septembre 2026.
Krebs on Security, « Hackers Gaining Power of Subpoena Via Fake ‘Emergency Data Requests’ », mars 2022.
À lire ensuite

VPN Check Point : deux failles notées 9,8, et une exploitation jugée imminente
Deux vulnérabilités dans la négociation VPN des passerelles Check Point permettent d'exécuter du code à distance sans identifiants. Les correctifs existent depuis le 9 septembre. Le NCSC néerlandais estime élevées la probabilité d'exploitation comme l'ampleur des dégâts.
Kelvyn3 min de lecture
Le phishing « passkey » qui vide des comptes Microsoft 365 ne casse aucune clé d'accès
Une campagne de phishing active depuis mai 2026 pousse des employés vers de faux portails Microsoft sous prétexte de mettre à jour leur passkey. Le passkey n'est jamais réellement attaqué : c'est un prétexte pour rediriger la victime vers un flux d'authentification, lui, réellement piégeable.
Kelvyn2 min de lecture
Des failles JFrog Artifactory enchaînées pour créer des comptes administrateur en moins de cinq minutes
Deux vulnérabilités JFrog Artifactory, enchaînées, permettent d'obtenir un accès administrateur en quelques minutes sur des instances auto-hébergées non corrigées. Wiz confirme une exploitation active depuis la mi-août, avec le déploiement d'une porte dérobée sur mesure.
Kelvyn2 min de lecture