Piratage des impôts : un suspect de 18 ans écroué, un mineur relâché
Le parquet de Paris annonce la première mise en examen dans l'affaire de la fuite des données fiscales. Le suspect, déjà poursuivi deux fois, était sous contrôle judiciaire.
Photo : Mika Baumeister / Unsplash
L'enquête sur le piratage des données de la Direction générale des Finances publiques a produit sa première arrestation. Un jeune homme de 18 ans, domicilié en région parisienne, a été interpellé le 18 août 2026, mis en examen deux jours plus tard, et placé en détention provisoire. Le parquet de Paris l'a annoncé par communiqué.
Le profil décrit par les enquêteurs est celui d'un récidiviste : au moment de son arrestation, le suspect se trouvait déjà sous contrôle judiciaire pour d'autres affaires.
Un « pirate chevronné » déjà connu des services
Selon 01net, le suspect est soupçonné d'appartenir à Zerobytes, un groupe réunissant plusieurs cybercriminels français. Il avait déjà été mis en examen à deux reprises — en juin 2024, puis en janvier 2025 — pour des attaques informatiques commises en 2023 et 2024, alors qu'il était encore mineur. Parmi ces faits antérieurs figurent les piratages de Free et de LDLC.
Toujours selon 01net, qui s'appuie sur les informations du Monde, l'intéressé opérait sous le pseudonyme « ChatNoir » sur les réseaux clandestins et aurait cofondé, avant de rejoindre Zerobytes, un groupe se faisant appeler Epsilon.
Cette trajectoire éclaire un phénomène régulièrement observé dans les affaires françaises de cybercriminalité : une entrée très précoce dans l'activité, une progression au sein de groupes successifs, et une continuité malgré des poursuites déjà engagées. Le contrôle judiciaire n'a manifestement pas suffi à interrompre l'activité.
Des charges lourdes, jusqu'à dix ans de prison
La liste des qualifications retenues est longue : accès à un système de traitement automatisé de données à caractère personnel en bande organisée, modification et extraction frauduleuse de données, participation à une association de malfaiteurs, ainsi que refus de remettre aux autorités la clé de déchiffrement de ses appareils.
Ce dernier chef mérite un mot. En droit français, refuser de communiquer une convention de déchiffrement d'un moyen de cryptologie susceptible d'avoir servi à commettre un crime ou un délit constitue une infraction autonome. Un mis en cause peut donc être poursuivi pour ce refus indépendamment de ce que contiennent réellement ses appareils — un point qui pèse dans les affaires où les preuves techniques sont chiffrées.
Le suspect encourt une peine maximale de dix ans d'emprisonnement et 300 000 euros d'amende.
Un second interpellé, remis en liberté
Quelques jours après cette première arrestation, un second suspect, âgé de moins de 16 ans, a également été interpellé. Selon Clubic, il a été remis en liberté à l'issue de sa garde à vue.
Ces deux profils, l'un tout juste majeur et l'autre mineur, ne relèvent pas de la même procédure : la justice des mineurs impose des règles distinctes en matière de garde à vue comme de détention.
Ce que l'on sait de la fuite elle-même
L'attaque visant la DGFiP avait exposé les données fiscales de plusieurs centaines de milliers de contribuables français. Le parquet de Paris avait ouvert son dossier dès le 31 juillet, avant même que le groupe Zerobytes ne revendique publiquement l'opération — un détail qui suggère que l'administration avait détecté l'intrusion par ses propres moyens.
Les données fiscales figurent parmi les plus sensibles qu'une administration détienne : revenus, composition du foyer, adresse, situation patrimoniale. Elles alimentent des campagnes d'hameçonnage d'une crédibilité redoutable, puisqu'un message mentionnant un montant d'impôt exact désarme la méfiance ordinaire.
Cette affaire s'inscrit dans une série d'attaques visant des administrations françaises que nous suivons depuis plusieurs semaines, du piratage de l'Éducation nationale à la cyberattaque contre les sites du ministère de la Transition écologique.
Sources
01net — « Fuite de données aux impôts : la France arrête un “pirate chevronné” » et Clubic — « Piratage des impôts : un hacker de 18 ans placé en détention provisoire »
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