Pegasus infecte l'iPhone d'un militant du mouvement étudiant serbe via un exploit « zero-click »
Citizen Lab et la SHARE Foundation ont identifié l'infection, survenue avant les élections locales de mars 2026. Au moins 14 personnes liées à la contestation serbe seraient visées depuis le début de l'année.
Photo : Dan Nelson / Unsplash
Le laboratoire canadien Citizen Lab, en collaboration avec l'ONG serbe SHARE Foundation, a identifié l'infection de l'iPhone d'un membre du mouvement de protestation étudiant serbe par le logiciel espion Pegasus, développé par la société israélienne NSO Group. Les indicateurs de compromission détectés couvrent une période allant de décembre 2025 à janvier 2026, avec un niveau de confiance élevé selon les deux organisations.
Un exploit « zero-click » via iMessage
La particularité de l'attaque tient à sa méthode : un exploit « zero-click » exploité via iMessage, qui ne nécessite aucune action de la victime — ni clic, ni ouverture de pièce jointe — pour infecter l'appareil. Apple avait corrigé la vulnérabilité sous-jacente avec iOS 18.4.1, publié en avril 2025. Les détails techniques précis de la faille exploitée dans ce cas n'ont pas été rendus publics par Citizen Lab à ce stade.
Le contexte politique n'est pas neutre : la période de surveillance identifiée précède des élections locales organisées en Serbie le 29 mars 2026. En août 2026, Apple a par ailleurs envoyé des notifications d'alerte à des utilisateurs dans 110 pays, une procédure que l'entreprise réserve aux cas de ciblage par des logiciels espions de type étatique — sans que l'on sache si ces notifications concernent spécifiquement la victime serbe identifiée par Citizen Lab.
Un mouvement de contestation sous surveillance depuis des mois
Ce cas ne serait pas isolé. Selon les informations relayées par The Hacker News, au moins 14 personnes en Serbie — militants étudiants, responsables politiques d'opposition, élus locaux — auraient fait l'objet d'un ciblage par des logiciels espions avancés depuis le début de l'année 2026. Une partie de cette surveillance passerait par des variantes de logiciels espions Android installées directement sur les téléphones de militants après leur interpellation par les autorités serbes.
« Les étudiants serbes continuent d'être ciblés par des outils d'espionnage Android intrusifs, installés pendant leur détention par les autorités serbes. » — Donnach Ó Cearbhaill, responsable du Security Lab d'Amnesty International (source : The Hacker News)
La distinction est importante : le cas documenté par Citizen Lab concerne un iPhone compromis à distance, sans intervention physique, tandis que le témoignage d'Amnesty International évoque des installations manuelles sur des téléphones Android confisqués lors de gardes à vue. Les deux méthodes coexistent, signe d'un dispositif de surveillance qui ne repose pas sur une seule technique.
NSO Group, l'éditeur de Pegasus, fait l'objet de sanctions américaines depuis 2021 pour la vente de son logiciel à des gouvernements ayant ciblé des journalistes, des défenseurs des droits humains et des opposants politiques. Le mouvement de contestation étudiante en Serbie, actif depuis plusieurs mois contre le pouvoir en place, s'ajoute à une longue liste de mouvements civils ayant fait l'objet d'un espionnage documenté par des chercheurs indépendants.
Source
Article rédigé à partir du compte rendu de The Hacker News, citant les recherches conjointes de Citizen Lab, de la SHARE Foundation et d'Amnesty International.
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