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Liquid Network : 320 millions de dollars en bitcoins détournés, la légitimité des « white hats » contestée

Un bug dans la logique de validation des retraits, et non un vol de clés, a permis de vider la quasi-totalité des réserves de la fédération Blockstream sur sa sidechain Bitcoin.

Kelvyn3 min de lecture

Depuis le 6 septembre 2026, Liquid Network, la sidechain adossée au Bitcoin exploitée par la fédération Blockstream, fait face à un piratage hors norme. Près de 3 996 bitcoins — environ 320 millions de dollars (près de 275 millions d'euros) — ont quitté les réserves de la fédération, ne laissant qu'environ 200 BTC dans les caisses. C'est la quasi-totalité du stock détenu qui s'est volatilisée en une seule opération.

Liquid fonctionne comme une chaîne parallèle au Bitcoin : on y dépose ses bitcoins via un mécanisme de « peg-in » en échange de L-BTC, la version utilisable sur la sidechain, et on effectue l'opération inverse, un « peg-out », pour récupérer ses bitcoins d'origine. Chaque peg-out sensible doit en principe être validé par au moins 11 des 15 entreprises qui composent la fédération, une gouvernance partagée censée rendre le système résistant à la compromission d'un seul acteur.

Un bug de logique, pas une clé volée

Les fonds détournés sont passés par la clé d'autorisation de peg-out de SideSwap, un service d'échange construit sur Liquid. Cette clé fonctionne normalement comme une liste blanche censée empêcher qu'un retrait parte vers une adresse non enregistrée. Ni la clé de SideSwap ni aucune autre clé de la fédération n'a été compromise : la faille se situe dans la logique de validation elle-même, qui a laissé passer une opération qu'elle aurait dû refuser. Un bug d'implémentation, non détaillé publiquement à ce stade, plutôt qu'un piratage classique de clés privées.

Une partie de ce qui rend l'épisode inhabituel tient à la communication de ses auteurs. La transaction principale contient un message adressé à la fédération : « Nous sommes des white hats. Contactez-nous on-chain ». Les auteurs conditionnent la restitution des fonds à la correction de la faille et au déploiement du correctif sur l'ensemble des nœuds du réseau — en précisant vouloir rendre « la plupart » des fonds, pas la totalité.

Charles Guillemet, directeur technique de Ledger, a publiquement contesté cette étiquette : un chercheur en sécurité légitime signale d'ordinaire une faille avant de déplacer des fonds, pas après en avoir vidé la quasi-totalité. Blockstream a de son côté confirmé l'incident et indiqué travailler à contacter les auteurs via un message signé on-chain.

Ce que révèle l'épisode sur les sidechains et les ponts crypto

L'affaire illustre une limite connue mais régulièrement oubliée des architectures multi-signatures : un seuil de validation élevé (ici 11 signatures sur 15) protège contre la compromission de clés, pas contre une erreur dans le code qui interprète ces signatures. C'est exactement le type de faille qui a déjà coûté des centaines de millions de dollars à d'autres ponts entre blockchains ces dernières années. Le montant en jeu — near-totalité des réserves d'une fédération censée être l'un des systèmes de garde les plus robustes de l'écosystème Bitcoin — en fait l'un des incidents de sécurité crypto les plus importants de l'année, quelle que soit l'issue de la négociation en cours.

Source

Numerama, « Quand un bug d'implémentation coûte 320 millions de dollars : ce que l'on sait du piratage de Liquid Network », 7 septembre 2026

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