Téléviseurs LG : ce que les chercheurs ont vraiment repéré sur le réseau local
Scan des appareils du foyer, micro actif en veille, données mises en cache hors ligne : le point sur les faits mesurés et ce que LG conteste.
Photo : ZHENYU LUO / Unsplash
Une enquête menée par la chaîne américaine Gamers Nexus, avec le concours de Level1Techs et de plusieurs chercheurs en sécurité indépendants, met en cause plusieurs téléviseurs LG sous webOS (dont des modèles OLED de la gamme G5). Le constat de départ : ces appareils interrogent régulièrement le réseau local pour repérer les autres équipements connectés — smartphones, montres, ordinateurs, imprimantes, objets domotiques — y compris lorsque l'écran paraît éteint.
L'affaire, reprise en France par Clubic, Les Numériques et Frandroid, a rapidement pris de l'ampleur : LG revendique environ 216 millions de téléviseurs connectés vendus dans le monde, ce qui donne une idée de l'échelle du sujet si les comportements observés sont bien généralisés. Avant d'aller plus loin, il faut séparer deux choses : ce que les chercheurs disent avoir mesuré sur les appareils testés, et ce que LG affirme en réponse.
Ce que les chercheurs disent avoir observé
Premier point, le balayage réseau : les téléviseurs testés envoient des requêtes de découverte sur l'ensemble du sous-réseau local et consignent les réponses — adresses IP internes, noms d'appareils, identifiants dérivés des adresses MAC — ainsi que les réseaux Wi-Fi environnants (nom, puissance du signal). Selon Clubic, ces TV « peuvent identifier différents appareils présents sur le réseau local : smartphones, ordinateurs, imprimantes ou équipements domotiques ».
Deuxième point, plus sensible : le microphone. D'après l'enquête, il resterait actif dix à quinze secondes après la fin d'une commande vocale, avec le risque de capter un bout de la conversation qui suit. Autre détail relevé : désactiver le micro principal dans les réglages ne couperait pas nécessairement un second microphone présent dans l'appareil. Des enregistrements exploitables auraient été récupérés alors que l'écran paraissait éteint, et lors d'un test de coupure Internet, les données audio auraient été stockées localement avant d'être transmises une fois la connexion rétablie.
Balayage régulier du réseau local (LAN) recensant les appareils voisins, même TV éteinte à l'écran
Microphone qui resterait actif plusieurs secondes après une commande, avec un second micro potentiellement non couvert par le réglage de désactivation
Mise en cache locale de données en cas de coupure réseau, envoyées au retour de la connexion
Vulnérabilités de sécurité (dont une possible exécution de code à distance) signalées à LG, détails non publiés le temps d'un correctif
Pourquoi c'est techniquement possible : l'ACR et la pub ciblée
Ce que répond LG
Sollicité par Frandroid, LG a transmis une déclaration officielle par mail qui conteste le cœur de l'accusation — l'écoute continue des conversations — sans s'exprimer sur le balayage réseau ni sur les failles de sécurité évoquées par les chercheurs.
« [LG] ne collecte, n'enregistre ni ne stocke les conversations ambiantes », LG, cité par Clubic
LG précise que le traitement vocal ne s'active que lorsque l'utilisateur maintient le bouton dédié de la télécommande, ou prononce un mot-clé après avoir lui-même activé la reconnaissance vocale mains libres dans les réglages. Un cadrage qui répond à l'accusation d'écoute permanente, mais qui ne dit rien du balayage du réseau domestique ni des vulnérabilités logicielles pointées par les chercheurs — un silence relevé par plusieurs médias, dont Frandroid.
Ce qui est établi, ce qui reste à vérifier
Ce qui relève du fait mesuré : le balayage du réseau local et l'existence d'une fenêtre d'écoute après une commande vocale ont été documentés par l'équipe de recherche sur les appareils testés, via analyse du trafic et du firmware. Ce qui reste de l'ordre de l'affirmation non vérifiable de l'extérieur : le détail exact des vulnérabilités de sécurité, gardé confidentiel le temps de la divulgation responsable, et donc impossible à confirmer ou infirmer de manière indépendante pour l'instant.
Rien, à ce stade, n'indique que LG exploite délibérément ces mécanismes à des fins autres que publicitaires — la collecte via l'ACR et le ciblage par appareil sont un modèle économique assumé et commun au secteur, pas une opération d'espionnage clandestine au sens propre. Le problème soulevé par l'enquête est plutôt celui d'un design par défaut trop intrusif, d'une information insuffisante des utilisateurs, et de failles de sécurité qui, elles, transformeraient un mécanisme commercial en risque réel si elles étaient exploitées par un tiers malveillant. Il reste aussi à voir si ce comportement concerne tous les modèles et marchés LG, ou seulement certaines configurations testées.
En pratique, quelques réflexes limitent l'exposition : installer les mises à jour firmware dès qu'elles sont proposées, désactiver l'ACR et la reconnaissance vocale dans les réglages de confidentialité, refuser les accords de partage publicitaire par défaut, et, pour les plus prudents, isoler la télévision sur un réseau Wi-Fi invité séparé du reste des appareils du foyer.
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