Selon Anthropic, plombiers et électriciens pourraient être les grands gagnants de l'IA
Le tout jeune Anthropic Institute a modélisé trois scénarios pour l'économie américaine en 2030. Dans le plus extrême, la moitié des tâches intellectuelles bascule vers l'IA — mais pas la plomberie.
Photo : Emmanuel Ikwuegbu / Unsplash
Anthropic, l'entreprise qui édite Claude, vient de modéliser l'économie américaine à l'horizon 2030 — et donc, indirectement, l'impact de sa propre technologie sur l'emploi. Son tout jeune Anthropic Institute publie « Scenarios for our Economic Future », trois trajectoires chiffrées, accompagnées d'un rapport technique relu par 18 économistes et d'un simulateur public où chacun peut ajuster ses propres hypothèses.
Trois trajectoires, du banal au vertigineux
La méthode découpe chaque métier en tâches élémentaires, que l'IA supprime, accélère ou complète, puis agrège le résultat à l'échelle du pays. Dans le scénario modeste, l'IA a l'impact d'Internet en son temps : 1,6 % de PIB supplémentaire d'ici 2030, un chômage dans les normes, des salaires en légère hausse.
Le scénario intermédiaire confie à la machine la moitié des tâches intellectuelles du pays : la croissance annuelle double, le chômage grimpe vers 5 %, et près de quatre cols blancs sur dix changent de métier pendant que leurs salaires stagnent.
Le scénario extrême imagine des IA capables de s'améliorer elles-mêmes, surclassant l'humain sur la majorité des tâches intellectuelles. Le PIB américain bondirait de 32 %, jusqu'à 44 400 milliards de dollars, porté par une croissance de 15 % par an — l'économie doublerait tous les quatre ans et demi. Le revers social suit la même pente : près d'un travailleur intellectuel sur cinq au chômage, des salaires cognitifs inférieurs de 11,5 % à leur trajectoire sans IA, et une part du travail dans la richesse nationale qui tomberait de 60 à 45 %.
Et les plombiers, dans tout ça ?
Le modèle prévoit l'inverse pour les métiers manuels : électriciens, soudeurs et artisans verraient la demande et les salaires progresser dans les scénarios les plus agressifs, l'IA ne posant toujours pas de tuyaux. Un sondage mené en parallèle auprès de plus de 10 000 Américains montre que le répondant type mise sur le scénario intermédiaire ; un sur dix seulement croit à la version extrême.
Le PDG d'Anthropic recadré par son propre modèle
Ce panorama prend un relief particulier au regard des déclarations passées de Dario Amodei. En mai 2025, le patron d'Anthropic prédisait dans Axios la disparition possible de la moitié des emplois de bureau débutants et un chômage de 10 à 20 % d'ici cinq ans. Ces chiffres correspondent très exactement au scénario extrême du nouveau modèle maison — celui auquel un sondé sur dix seulement accorde du crédit, et que le rapport prend soin de qualifier lui-même d'exercice illustratif :
« les scénarios ne sont pas des prédictions » — Anthropic.
Ce que dit, et ne dit pas, cette étude
Anthropic précise avoir fait relire sa copie par 18 économistes, dont Daron Acemoglu et David Autor, deux références de l'économie du travail peu réputées pour leur enthousiasme envers l'automatisation — en soulignant qu'aucun n'endosse les conclusions. Le rapport appelle les pouvoirs publics à mieux partager les gains plutôt qu'à freiner la technologie, ce qui n'a rien d'une surprise venant de l'un des principaux vendeurs de cette même technologie.
Le constat de fond n'a rien d'inédit : le FMI estimait dès janvier 2024 que 60 % des emplois des économies avancées étaient exposés à l'IA, et Goldman Sachs chiffrait à 300 millions le nombre de postes concernés dans le monde. La nouveauté tient surtout au signataire : c'est la première fois qu'un vendeur d'automatisation publie lui-même ce type de prévision sur l'emploi de ses propres clients, ce qui invite à lire ses projections les plus optimistes avec la même prudence que ses scénarios les plus sombres. Le modèle ne couvre en outre que les États-Unis, et rien n'indique qu'un marché du travail européen, plus encadré et souvent plus lent à adopter ces outils, suivrait la même trajectoire.
Source
01net, qui cite le rapport « Scenarios for our Economic Future » d'Anthropic.
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