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Anthropic affirme que Claude a découvert un système génétique inconnu

950 agents Claude ont exploré près de 2 milliards de groupes de protéines en 21 heures pour repérer ART, un système qui rappelle CRISPR sans que sa fonction soit comprise.

Kelvyn3 min de lecture

Le 23 septembre 2026, Anthropic a annoncé que son modèle Claude avait identifié, dans l'ADN de bactériophages, un système enzymatique jusqu'alors inconnu baptisé ART, pour « array-associated reverse transcriptases » — une découverte présentée par l'entreprise comme la première issue de son laboratoire de biologie, mais publiée sous forme de prépublication non relue par les pairs.

En quoi consiste cette découverte ?

Les bactériophages sont des virus qui infectent les bactéries ; ils sont étudiés depuis des décennies, notamment parce que le système CRISPR/Cas9, le « ciseau génétique » qui a valu le prix Nobel de chimie 2020 à Emmanuelle Charpentier et Jennifer Doudna, en est lui-même issu. Le système ART repéré par Claude associe une transcriptase inverse, une enzyme qui copie l'ARN en ADN déjà connue des chercheurs, un gène partenaire de fonction inconnue, et une longue séquence d'ADN répétitive dont l'organisation rappelle celle de CRISPR. Selon Anthropic, seule une poignée de systèmes connus partagent cette structure, et tous sont capables de couper, copier et coller de l'ADN.

Comment Claude a-t-il mené cette recherche ?

Anthropic a fait travailler environ 950 agents Claude en parallèle pendant 21 heures pour passer au crible une base de près de 2 milliards de groupes de protéines, en quête de nouvelles transcriptases inverses. Le tri a réduit le champ à 3 500 candidats, puis à une liste finale de 20, avant qu'ART ne se distingue. Anthropic affirme qu'un tel travail de fouille aurait demandé plusieurs semaines, voire plusieurs mois, à une équipe de chercheurs humains. Les biologistes de l'entreprise ont ensuite vérifié en laboratoire que le système s'exprime bien chez le phage, où les ARN issus des séquences répétées représenteraient jusqu'à 8 % des ARN viraux, selon 01net.

Que reste-t-il à démontrer ?

Beaucoup. Anthropic le reconnaît elle-même : « nous ne comprenons pas encore le rôle de ce système ». L'étude est une prépublication hébergée par Anthropic, sans dépôt sur les serveurs scientifiques habituels ni relecture par des pairs indépendants, et ses six auteurs travaillent tous chez l'éditeur de Claude. L'activité enzymatique du système n'a pas non plus été démontrée en pratique : Claude a identifié un motif inhabituel, pas encore un mécanisme biologique fonctionnel.

« Trouver un regroupement inhabituel de gènes est souvent la partie la plus facile ; comprendre ce que le système fait réellement » reste à faire, tempère le chercheur Lucas Harrington, cofondateur de Mammoth Biosciences.

D'autres voix sont plus sceptiques. Alex Harding, ancien responsable du développement commercial de CRISPR Therapeutics, juge qu'il ne s'agit « pas d'une découverte remarquable », rappelant que d'innombrables séquences de type CRISPR sans intérêt particulier existent déjà dans le vivant. Le chercheur en IA Ravid Shwartz Ziv, de Meta Superintelligence Labs, a pour sa part reproché à Dario Amodei, cofondateur et directeur général d'Anthropic, d'avoir présenté un résultat préliminaire comme une avancée majeure à l'approche de l'introduction en bourse d'Anthropic, évoquée pour la mi-octobre 2026. En Bourse, les valeurs spécialisées dans l'édition génétique Beam, Intellia et CRISPR Therapeutics ont d'ailleurs reculé après l'annonce.

Pourquoi cette annonce compte malgré tout ?

Même les scientifiques les plus prudents s'accordent sur un point : la capacité de l'IA à repérer un motif intéressant dans une masse de données que des humains auraient mis des mois à explorer. Claude est resté cantonné à un rôle de fouille et de comparaison, sans devenir biologiste pour autant — la preuve fonctionnelle du système ART reste à produire, chez Anthropic ou ailleurs, avant de savoir s'il a la moindre utilité médicale.

Source : Numerama et 01net, citant l'étude d'Anthropic.

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